GÉOPOLITIQUE : LA MACÉDOINE DU NORD À L’HEURE DU CHANGEMENT

Relations Internationales – Europe

De retour d’une mobilité en Macédoine du Nord (nouvelle appellation), et après vous avoir présenté le pays côté tourisme, à l’écrit, ou en vidéo, voici que je m’attaque à une partie plus profonde d’un pays que j’ai découvert en tout point de vue.
J’ai eu le plaisir de pouvoir apprendre l’histoire d’un pays et d’une région qui subissent ces derniers mois de profonds changements qui pourraient modifier le cours de son histoire. 

Un pays méconnu à découvrir

Pour y avoir été confronté, la Macédoine évoque en France davantage un plat peu apprécié qu’un jeune pays des Balkans que l’on a parfois bien du mal à placer. Relativement méconnu chez nous, ce jeune pays, riche d’une histoire dense, d’une mixité sociale, culturelle, ethnique et religieuse, connait d’importants changements de perspectives ces derniers temps. 

Cette richesse est la conséquence logique de la construction d’un pays inscrit dans la région des Balkans. En réalité, la société macédonienne résulte notamment d’une première période d’occupation par les empires grecs et ottomans, avant ensuite d’être occupé après différentes intrusions de pays voisins (Grèce, Bulgarie, ou Serbie).

A l’instar des Balkans, la Macédoine est ainsi constituée d’un mélange ethnique riche et diversifié : une force autant qu’un sujet sensible cristallisant les opinions. Qu’il s’agisse notamment des roms, musulmans, orthodoxes, grecs, juifs, slaves, bulgares, turques et albanais, , la diversité a toujours constitué un avantage autant qu’un vecteur de luttes politiques, ethniques ou étatiques.

Rétrospective historique

On comprend alors les difficultés rencontrées par le peuple macédonien dans l’obtention de l’indépendance mais aussi dans l’acceptation de sa diversité culturelle. 

A l’époque grecque, la Macédoine était alors la région d’un empire construit par de nombreux empereurs. Est d’ailleurs issu de cette époque le conflit gréco-macédonien, désormais réglé, sur l’appellation du pays, et renforcé par la revendication des origines d’Alexandre le Grand. 

Dans un second temps, la Macédoine a appartenu à l’Empire ottoman, s’en détachant peu avant la Première Guerre Mondiale et sa chute peu après. Cette influence se voit notamment dans la richesse des centres-villes macédoniens pour certains construits autour d’un vieux bazar. 

Au cours du siècle dernier, la Macédoine a, là encore, été partagée par différentes influences voisines. Celle de la Serbie peu avant la naissance de la Yougoslavie ou celle des bulgares pour raisons religieuses antérieures (orthodoxe).

Si les guerres mondiales n’ont pas permis à la Macédoine de décrocher son indépendance – du fait de l’absence de soutien étranger notamment – elles lui ont permis tout de même de se recentrer sur le cœur de son territoire et d’y faire naitre un sentiment national important. Au-delà de cette conscience macédonienne croissante et encore présente aujourd’hui, on a pu également assister à la précision d’un territoire macédonien, assez proche de sa forme actuelle, au moment de la naissance de la Yougoslavie pendant l’entre-deux-guerres. 

Alors que la disparition n’avait pas semblé diviser les pays de l’ex-Yougoslavie,le pays ne surmontera pas la crise de l’URSS. Au début des années 1990 sa chute entrainera d’importantes et tragiques guerres dans la région alors que la Macédoine deviendra indépendante en 1991 dans une paix relative, laissant l’Ex-Yougoslavie scindée en de nombreux petits pays, dont la puissance restera limitée. 

C’est également à partir de cette date et son indépendance que la Macédoine rencontrera ses premiers problèmes diplomatiques liés à son histoire. 

L’ère de l’indépendance : entre difficultés et espoirs

En effet, sitôt l’indépendance votée et entérinée, la Macédoine va connaitre ses premiers conflits internes et diplomatiques. D’une part la Grèce s’oppose alors au nom du Pays et revendique cette appellation pour la région nord de son territoire, autour de Thessalonique. Ce conflit vient récemment d’être réglé avec le changement de nom du pays. De son côté, la minorité albanaise s’attendait à davantage de pouvoir et de reconnaissance : le symbole de difficultés internes. 

Au-delà de cela, la Macédoine doit aussi faire face à de nombreux problèmes politiques, économiques et sociaux. D’un point de vue politique, la Macédoine, et comme la région balkanique, a connu des problèmes de corruption politique importants, mettant à mal l’espoir d’une politique efficace et réussie alors que le pays en aurait besoin à l’heure de sa reconstruction postcommunisme. D’un point de vue économique, les difficultés rencontrées post-Yougoslavie sont difficiles à surmonter. En l’absence d’accès maritime, d’importants secteurs d’activité économique et d’argent dans les caisses de l’État, la relance de la croissance apparait difficile.

Enfin d’un point de vue social, l’accès à la santé, à l’eau, à l’éducation, apparaissent depuis plusieurs années comme des freins à l’émergence d’une population active, productive, et émancipée. Pour le pays ces éléments représentent des enjeux majeurs pour l’avenir du pays, à l’heure où l’émigration se poursuit dans l’espoir d’un avenir meilleur. C’est surtout et malheureusement la jeunesse, sur laquelle repose l’avenir du pays, qui quitte le territoire, attirée par des pays plus insérés dans l’économie mondiale et européenne comme l’Allemagne. 

Face à ses difficultés, des motifs d’espoirs demeurent après le changement de nom et la stabilisation des relations dans l’essentiel de la région. Si la Macédoine en est à la phase première de son développement, les avancées qu’elle fait semblent aller vers la voie du progrès. Les habitants sont mêmes conscients des enjeux et des progrès à effectuer : « le système légal, l’agriculture, le tourisme et l’économie » pour les plus importants « mais aussi les infrastructures, la gouvernance, la production et le système social ».

S’agissant du tourisme et de la gouvernance certains projets ont vu le jour comme le Projet Skopje 2014 pour relancer le tourisme et moderniser la capitale. On pourrait ajouter la mise à l’écart d’un ancien Premier Ministre pour corruption, même si de nombreux enjeux majeurs demeurent.

Les macédoniens sont conscients des progrès à effectuer et les enjeux à surmonter. Les problèmes du pays sont donc aussi vastes que les enjeux qui les attendent sont complexes. Le vote du changement de nom l’illustre en ce qu’il pourrait constituer une avancée considérable dans l’ouverture du pays, comme un frein pour la construction de son identité locale.

Référendum et changement de nom : une page se tourne

Débattu voilà un an en Macédoine, voté le 11 Janvier dernier par le Parlement macédonien, le changement de nom entérine un conflit vieux de dizaine d’années entre Grèce et Macédoine. Confirmé côté grec le 24 Janvier à l’issu d’un vote du parlement, les accords de Prespe confirment donc la naissance de la Macédoine du Nord et d’un apaisement entre les deux pays voisins.

Malgré les oppositions des droites macédonienne et grecque, et les nombreuses oppositions citoyennes ayant eu lieu, il illustre la situation du pays : avancer et fédérer. Le référendum sur le changement de nom du 30 septembre dernier n’a ni rassemblé les foules ni connu de résultat véritablement positif pour les porteurs du projet. En réalité la faible participation illustre quelque peu le désintérêt porté par les citoyens, voire leur opposition au référendum. En réalité, certains considèrent que le référendum a été porté par les pays de l’Union européenne, afin de contenter la Grèce et de mettre fin aux tensions. 

Cette avancée permet néanmoins à la Macédoine d’entrevoir un avenir plus ouvert sur l’Europe, et pas seulement sur ces voisins balkaniques. En effet, en avril 2018, la Commission européenne s’était montrée favorable à l’ouverture de négociations, avant de voir certains pays, comme la France, se montrer prudent quant à un éventuel élargissement de la communauté européenne. 

« Dans quelques années (…), grâce à de sages politiques de bon voisinage, même les manifestants en colère d’aujourd’hui, diront : Il semble bien qu’ils avaient raison »

Nicolas Dimitrov, Ministre des Affaires étrangères macédonien.

« Je salue le vote de l’accord de #Prespes. Un exemple de courage et d’unité pour l’Europe. »

Emmanuel Macron, sur Twitter, le 25 Janvier
Le Premier ministre grec Alexis Tsipras (d) et son homologue nord-macédonien Zoran Zaev après la signature de l'accord de Prespa, le 17 juin 2018 en Grèce
Le Premier ministre grec Alexis Tsipras (d) et son homologue nord-macédonien Zoran Zaev après la signature de l’accord de Prespa, le 17 juin 2018 en GrècePhoto Sakis MITROLIDIS. AFP (source Libération)

Des enjeux nouveaux : des perspectives à éclaircir

Le changement de nom du pays pacifie les relations internationales et ouvre sur des perspectives futures intéressantes avec d’éventuelles coopérations internationales envisageables permettant un développement économique et social rapide et efficace. En cela, les évolutions récentes semblent être un pas en avant qu’il convient toutefois de relativiser avec l’engagement des populations, comme nous l’avons vu au travers de la mobilisation au référendum.

Si en principe, avec l’amélioration des relations avec la Grèce et l’Union européenne notamment, on pourrait imaginer à l’avenir assiste à des collaborations et projets entre le pays et ses voisins européens, la réalité amène à nuances. Car au Sud des Balkans, l’Europe ne fait pas tant rêver que l’on pourrait le croire. Pour certains, elle est vectrice de « problèmes », pour d’autres, c’est l’existence d’un sentiment anti-superpuissance qui fait apparaitre la défiance de certains : « les superpuissances ont eu une influence plutôt négative » considèrent même plusieurs macédoniens. 

En réalité cet apaisement des relations diplomatiques, parfois vieilles de centaine d’années est important pour l’avenir de la Macédoine. A défaut, il serait en effet impossible d’envisager quelconque entrée dans l’Union européenne. A en croire mes échanges sur place, les macédoniens croient surtout « en un avenir en Macédoine ». Avec un fort sentiment d’appartenance au pays, voire à la région, difficile de ne pas y voir là un motif d’espoir et d’une reconstruction locale voire régionale fructueuse.

Si l’enthousiasme est très relatif pour l’Europe, le cas du destin national est bien plus important tout comme celui de la région des Balkans et des pays voisins. Au-delà du destin national, le destin régional, né sur les cendres de la Yougoslavie, apparait comme un enjeu plus important. Pour certains une coopération balkanique semble plus attractive qu’une entrée dans l’Union européenne. A les entendre, entre choisir entre aucune intégration ni alliance, une entrée dans l’UE, ou une éventuelle coopération balkanique, beaucoup privilégient cette dernière solution. Néanmoins, la récente intégration à l’OTAN illustre cette volonté de s’insérer dans les relations diplomatiques. Cette apparition au sein d’organisations internationales pourrait avoir d’importantes conséquences économiques à terme.

C’est dire si, malgré la tragique séparation au cours des années 1990, une partie de la population reste attachée à une période de l’histoire où le pays était plus riche et plus puissant. Car en effet si la guerre des Balkans a éclaté et causé beaucoup de morts, certains macédoniens questionnent le rôle des puissances européennes et mondiale et l’intérêt qu’elles avaient à voir une région possiblement puissante être divisée. On pourrait alors avancer que la Yougoslavie n’a pas réussi comme elle l’aurait voulu, à gérer la chute de l’URSS et la mort de Tito. 

Parcourir les Balkans nous apprend une chose : la richesse de ce territoire aurait pu faire de cette région une puissance à part entière de l’Europe d’aujourd’hui. La division a entrainé l’appauvrissement et la perte de pouvoir. A l’heure du changement pour la Macédoine du Nord plusieurs enjeux se présentent. Au-delà des relations internationales, c’est surtout à la relance de l’économie et à la fin de la pauvreté qu’il convient de s’attacher, pour un pays dont les perspectives amènent aujourd’hui et enfin à l’espoir. 

HOUTIN Simon, Étudiant Erasmus en droit, à Struga – Macédoine.

Encore, une fois, pour ceux qui voudraient voir à quoi le ressemble le pays, c’est par ici pour l’écrit ou sur la page Instagram de La Carte de Sim :

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